Publié le jeudi 26 mars 2009

Réflexions du fauteuil : les coupures à Radio-Canada sont inéquitables pour les francophones

26 03 2009

Radio-Canada a annoncé d’importantes coupures pour combler le manque à gagner de 171 millions prévues pour l’année budgétaire 2009-2010 qui débute le premier avril. On regardant les chiffres en ce qui concerne les pertes d’emplois, on constate que la part des réseaux français de radio et de télévision est plus importante que celle des réseaux anglais toutes proportions gardées.

Traditionnellement, les ressources de Radio-Canada ont toujours été divisées en fonction de la population canadienne. Grosso modo, les réseaux français reçoivent deux fois moins d’argent que les réseaux anglais. C’est la règle du 1/3-2/3. Même si cela semble équitable (même généreux diront certains si on considère que les francophones représentent moins du  tiers de la population canadienne), ça a toujours été injuste dans la mesure où produire des émissions en français coûte aussi cher qu’en anglais et que le réseau français de télévision a toujours eu des auditoires beaucoup plus élevés que le réseau anglais de la CBC.

Examinons les coupures en détail maintenant. Sur les 805 emplois retranchés, il y en aura 335 du côté français et 400 du côté anglais. 70 postes seront coupés dans d’autres divisions. Au niveau budgétaire, c’est 51 millions du côté français et 87 millions du côté anglais. Si au niveau monétaire la proportion 1/3-2/3 est à peu près respectée, par contre, du côté des ressources humaines, les réseaux français doivent couper presque autant de postes que les réseaux anglais. Selon la règle établie, sur les 805 coupures de postes les réseaux français ne devraient en faire que 245. D’où vient la différence? Je crois que je connais la réponse. Comme les réseaux anglais sont plus riches, ils ont les moyens de continuer à produire leurs émissions tout en minimisant les mises à pied. Les réseaux français sont pris à la gorge, pour continuer à mettre en onde leurs émissions, ils doivent sacrifier un nombre disproportionné d’employés.

Cette disparité entre les deux réseaux risque d’avoir éventuellement des conséquences désastreuses pour les réseaux français qui comme on le sait sont très importants pour la culture des francophones. De plus en plus de contribuables en dehors du Québec se demandent à quoi ça sert de donner 1 milliard de dollars par année de subventions à une télévision publique que personne n’écoute. Face aux difficultés actuelles de Radio-Canada/CBC, le ministre du Patrimoine, James Moore, a refusé de lui venir en aide et on peu gager que si la situation économique ne se redresse pas, il y aura des coupures de subventions supplémentaires à l’avenir. Le manque à gagner de cette année vient en grande partie de la baisse des revenus publicitaires causée par la crise économique. Mais la diminution des auditoires des télévisions généralistes au profit des chaînes spécialisées et des nouveaux moyens de diffusion comme Internet va sans doute continuer à affecter les revenus.

À long terme, il faut craindre pour la survie des réseaux français de Radio-Canada, spécialement celui de télévision qui coûte beaucoup plus cher que la radio. Le Canada anglais peut probablement se passer de la télévision de la CBC, car il a accès à beaucoup de choix. Mais pour les francophones, nos artistes et nos artisans, Radio-Canada est essentielle parce que notre petit marché ne nous offre pas autant de canaux pour exprimer et diffuser notre culture. La disparition de la télévision de Radio-Canada ou une plus importante réduction de ses moyens seraient une catastrophe.

Michael Sabia est victime d'une injustice sur mon autre blogue: http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/